Chroniques Littéraires

Une femme au téléphone – Carole FIVES

Une femme au téléphone – Carole FIVES

Avis : ★★★★

Pour moi qui ai tendance à choisir mes lectures au hasard d’un titre accrocheur ou d’une belle couverture, ce dernier roman de Carole Fives, “Une femme au téléphone” ne pouvait m’échapper. Colorée et fleurie – j’adore les rhododendrons – la première est très réussie…

… Et le roman aussi. Petit fascicule de 112 pages, je l’ai lu à la vitesse d’un cheval au galop d’abord parce qu’il est court, mais aussi grâce à son écriture vive, énergique, mordante qui m’a entraînée page après page et presque, je dois l’avouer, essoufflée. Il s’agit d’un monologue, les appels téléphoniques incessants d’une mère – la soixantaine – à sa fille, bientôt “quadra”.

La différence est grande entre l’apparente légèreté de certains propos qui portent plutôt à rire tant c’est outré – une mère qui harcèle sa fille, se plaint du manque de nouvelles, du frère, de son petit-fils, mal élevé, du chien des voisines qui ne cesse d’aboyer, et des hommes qu’elle rencontre sur nombres de sites auxquels elle s’abonne comme on s’accroche à une bouée – et la profondeur des problèmes abordés.

J’ai, en effet, beaucoup ri, mais souvent… jaune.

Car, petit à petit, derrière ces problèmes de la vie quotidienne, se dessinent la maladie, la solitude, l’hôpital, les difficultés relationnelles.

Pour agaçante, ennuyeuse, toxique même qu’elle soit, cette mère m’a touchée.

Non, je ne m’y suis absolument pas reconnue, déjà je n’ai pas de fille. Mais elle m’a touchée par cette difficulté à aimer, à comprendre, à s’aimer aussi. Ses coups de griffes, de gueule, ses réflexions à l’emporte-pièce ne traduisent-ils pas la douleur, la soif de plaire sans y parvenir, le désir de se sentir vivre, de recevoir ce qu’elle n’est pas capable de donner. En ne nous donnant pas à connaître les réponses de la fille l’auteur nous permet aussi d’imaginer, de répondre, d’argumenter ou… de nous taire.

J’ai aimé la construction originale, le ton juste, les phrases courtes et saccadées.

Tout cela donne du rythme au texte et rend compte à merveille du tourbillon mental dans lequel vit la mère. Elle ne cesse de décortiquer, critiquer, affirmer tout et son contraire. Et la fille dans tout ça… on doit, on peut comme je l’ai déjà dit, l’imaginer, répondre à sa place ou observer un même silence. Mais mère et fille, fille et mère, je garde en moi cette harangue comme une blessure : celle d’une mère malheureuse – le malheur rend parfois méchant – et d’une fille dont on peut imaginer, l’exaspération, la douleur, le chagrin… ou pas.

Editeur : L’Arbalète
Date de Parution : 12 Janvier 2017
Nombre de pages : 112

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