Chroniques Littéraires

Un monde sans rivage –

Un monde sans rivage –

 Avis : ★★★★

Loin de moi l’idée de plagier le titre du dernier roman d’Hélène Gaudy « Un monde sans rivage ». J’aurais pourtant envie de dire que la littérature est bien un monde sans limite.

Après la vie d’une artiste-peintre mexicaine, les quelques derniers jours à la tête de l’Etat d’un grand général ou encore un road-movie à la gloire du jazz, je viens de découvrir un fait réel – que je me refuse à qualifier de divers – brillamment mis en lumière plus de cent vingt ans après par l’auteure.

« L’image n’est pas encore tout à fait une image, juste un fragment, englué parmi d’autres, d’une pellicule qui a passé des années sous la neige, dans l’un des territoires reculés du monde. »

C’est, en effet, à partir de photos prises en 1897 et de carnets de notes, sorte de journal de bord, retrouvés en 1930 à la faveur d’une fonte inhabituelle de neige et de glace, qu’Hélène Gaudy va nous raconter l’expédition de Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg. En 1897, ils s’élevaient dans les airs à partir du Svalbard, archipel norvégien, pour atteindre le Pôle nord en ballon…

Au fil des pages, nous allons vivre, non pas leur épopée, le ballon perd vite de la hauteur et finit par s’échouer sur la banquise, mais leurs derniers jours – derniers mois – vers une mort annoncée. A coup de « peut-être », « sans doute » et de verbes conjugués à presque tous les temps de l’indicatif mais aussi au conditionnel, la romancière, scrutant le moindre détail de chaque photographie sauvée, imagine leur fin de vie sur cette banquise où le blanc le dispute au blanc. Le texte est d’une richesse inouïe, mêlant à la vie des héros – et d’Anna, la fiancée de Niels –  des anecdotes relatives à d’autres grands noms. Elle ressuscite Pilâtre de Rozier, les frères Montgolfier ou encore Léonie d’Aunet qui, défiant toutes les interdictions, accompagne son mari dans une expédition au Spitzberg.

Hélène Gaudy précise aussi magnifiquement la flore inventoriée par S.A.Andrée à ses heures perdues « Il y a l’arabette alpine aux quatre pétales blancs, au cœur jaune d’or, il y a le bouleau nain… le saule polaire… Il y a la campanule uniflore et sa petite corolle violette… » L’écriture est très belle, précise et travaillée. J’ai eu l’impression de m’élever, à l’image du ballon au fur et à mesure des mots.

Tout autant qu’un roman, véritablement passionnant par le rêve que nous fait revivre Hélène Gaudy, j’y ai trouvé un saisissant travail de documentation.

Editeur : Actes Sud
Date de parution : 21 Août 2019
Nombre de pages : 256

Ce livre a été lu en avant-première grâce au magazine « Page des libraires » et aux Editions Actes Sud que je remercie chaleureusement.

 

 

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