Chroniques Littéraires

Rhapsodie des oubliés – Sofia AOUINE

Rhapsodie des oubliés – Sofia AOUINE

 Avis : ★★★★★

Un premier roman qui n’avait pas grand-chose de prime abord pour attirer mon attention… Il m’a pourtant, touchée, émue, amusée, interrogée. C’est là, toute la magie de la littérature. Et…

« Rhapsodie des oubliés » de Sofia Aouine fut un sublime moment de lecture.

Il raconte l’histoire d’Abad, jeune garçon de treize ans qui vit à Paris, XVIII ème arrondissement, dans le quartier de Barbès. L’auteure a prêté sa plume à cet adolescent et en fait un témoin du monde, de l’époque, d’un quartier. Il est précoce, mais personne ne le sait, ne s’en rend compte, ne le comprend. « La plupart des grands, profs, parents, parents des autres, pensaient que j’étais fou, un mauvais élève… Que c’était moi qui avais entraîné tous les autres vers la rue… Alors que dans la vraie vie, celle qui pue la merde, c’est la rue qui nous gouverne et pas l’inverse. C’est la rue qui nous appelle et pas l’inverse. »   Pris entre la puberté qui le « travaille », une acuité aux autres hors du commun et un cœur qui le porte vers les plus démunis, il nous dresse un tableau de la rue coloré, saisissant, glaçant parfois mais toujours teinté d’un humour qui souvent m’a fait rire aux larmes.

Le niveau de langage utilisé, à hauteur de gamins des rues, aurait dû me faire fuir, amatrice que je suis des phrases  tournées à l’ancienne – comme moi ! –  écrites dans les règles d’un art qui me fut imposé au siècle dernier et auquel je me suis sans doute trop habituée, friande d’un vocabulaire recherché, poli comme un galet et pourtant…  Je me suis laissé embarquer dans ce voyage où rires et larmes se confondent, où l‘amour fou côtoie l’art de la bagnette – c’est quoi la bagnette ? Alors ça, pour le savoir, il faudra lire le roman – où des femmes sont prostituées, de confession juive ou musulmane, traînent la savate, et ont un cœur qui déborde. Elles s’appellent Gervaise, Odette, Ethel, elles ont toutes un passé douloureux et pourtant…

Plus qu’un roman, j’ai lu ce récit comme un conte, un conte à la fois tendre et douloureux, une histoire de vie bousculée,un cri poussé parun enfant désireux de sortir de sa condition, quitte à outrepasser les règles, une rhapsodie. Un magnifique texte, une histoire émouvante. Et je ne parle pas des références multiples littéraires ou musicales.

Pour un coup d’essai c’est un véritable coup de maîtresse !

Editeur : La Martinière
Date de Parution : 29 Septembre 2019
Nombre de pages : 208

Ce livre a été lu dans le cadre de la sélection de l’association « Les 68 Premières Fois » – Rentrée littéraire 2019.

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