Chroniques Littéraires

Oublier mon père – Manu CAUSSE

Oublier mon père – Manu CAUSSE

Roman lu dans le cadre des “Explorateurs de la Rentrée littéraire 2018” organisé par le site Lecteurs.com

Avis : ★★★★

Fermer le roman de Manu Causse “Oublier mon père” ne signifie pas l’effacer de sa mémoire et passer à autre chose, loin de là. Il fait partie de ces écrits qui vous hantent longtemps après, vous interrogent, vous remuent, vous bouleversent.

Le récit débute en Suède.

Alexandre, le narrateur, nous raconte son histoire, sa vie, à coup de retours en arrière. Il est très jeune lorsque son père disparaît prématurément et il reste seul avec sa mère, colérique, sans chaleur, d’un autoritarisme forcené. Cette dernière le somme d’oublier ce père, doux et gentil. Ils s’installent tous les deux dans un collège de la banlieue de Tarbes où elle a obtenu un poste de documentaliste. L’enfant reste maladroit, peu communicatif. Harcelé par ses camarades, il traîne une existence douloureuse, ponctuée de “crises” jusqu’à la perte de connaissance, crises liées à des maux de tête insupportables dont personne ne comprend la cause. Ce n’est que petit à petit que l’auteur révèle les secrets de cette vie cassée.

Est-ce parce mon second fils porte le prénom du narrateur ?

Est-ce parce que lui aussi est désormais un homme ? Est-ce parce que je me pose souvent des questions sur la mère que j’ai été ? Mais les difficultés d’Alexandre à trouver sa place dans le monde des “grands” m’ont particulièrement touchée. Ce récit pose la question essentielle de la construction de soi, de la responsabilité des parents dans le bonheur – ou non – de leurs enfants, de l’aide apportée à leur envol. Il étudie avec beaucoup de finesse et d’empathie le côté obscur de la vie, les conséquences d’un manque d’amour et de la perte d’un être cher. Il décortique les sentiments, la difficulté de l’enfant à admettre la nocivité de sa mère pourtant toxique.

Le style, sans fioritures, l’écriture, sobre et très simple facilitent la lecture et les pages volètent à vive allure.

J’ai aussi trouvé, et beaucoup aimé, au détour d’une phrase, un mot vraisemblablement local, et régulièrement employé dans le roman : “chialotter” jusqu’ici absent de mon vocabulaire habituel. Son côté imagé, délicieux, suranné, adoucit la tristesse latente. La construction, m’a, par ailleurs, semblé intéressante qui, par chapitres alternés, nous fait voyager de France en Suède, nous parle d’un enfant puis de l’homme qu’il est désormais. J’ai aimé tout le travail autour de la photo, passion paternelle qui dévoile Alexandre à lui-même tel un cliché sortant de son bain de révélateur. Le final, inattendu, synonyme d’une nouvelle naissance se révèle plein d’espoir.

Un roman, véritablement poignant.

Editeur : Denoël
Date de parution : 23 Août 2018
Nombre de pages : 304

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