Chroniques Littéraires

Mur Méditerranée – Louis-Philippe DALEMBERT

Mur Méditerranée – Louis-Philippe DALEMBERT

:Avis : Coup de foudre

« Mur Méditerranée », un titre sublime, d’une puissante vérité, pour un roman qui ne l’est pas moins. Louis-Philippe Dalembert signe ici un texte très fort et redonne tout son sens à un mot devenu tellement commun qu’on en a oublié ce qu’il cache d’horreurs : MIGRANT.

En réalité, plus qu’un roman j’ai découvert dans cet ouvrage une véritable œuvre. Œuvre littéraire, bien sûr, de par sa splendide écriture, une écriture extrêmement travaillée, fouillée, qui ne craint pas pour autant d’utiliser, quand l’occasion se présente, un langage parler, familier, peu académique parfois. Le plaisir est immense de voir se côtoyer ainsi des termes aussi « officiels » et anciens que « concomitamment » ou « nonobstant » et des dialogues à l’emporte-pièce, le tout dans une harmonie totale. Œuvre littéraire encore par la documentation fouillée, il ne peut en être autrement. La précision des faits racontés est impressionnante et nous donne à vivre le drame de l’intérieur. Œuvre littéraire enfin par la qualité, l’envergure, la consistance de ses personnages.

Et, j’aurais presque envie d’ajouter que « Mur Méditerranée » est aussi une œuvre de bienfaisance. En prenant comme fil conducteur la vie de trois femmes, candidates au départ vers l’Europe et une vie meilleure, l’auteur nous rend non seulement témoins, mais acteurs – actrices – de l’histoire. Il nous donne à réfléchir sur ces drames quotidiens autrement qu’à travers la sécheresse d’articles de journaux ou l’énoncé de chiffres à la radio. Comment ne pas s’identifier à Chochana, Nigériane de confession juive qui aurait dû être avocate si les troupes de Boko Haram n’avaient semé la terreur dans son pays, Semhar, jeune Erythréenne chrétienne orthodoxe qui a déserté du service national ou encore Dima, Syrienne et musulmane, plutôt aristocrate qui fuit les bombes avec son mari et ses filles. Nous partageons leur quotidien, sordide, dangereux, ignominieux, du départ de leur foyer jusqu’à l’arrivée dans l’El Dorado imaginé… et peut-être imaginaire.

L’histoire racontée est réelle.

C’est en juillet 2014 que le pétrolier danois Torn Lotte s’est porté au secours d’un rafiot de fortune perdu dans une tempête en Méditerranée, débordant de passagers clandestins. En transformant en roman  ce fait, que je ne saurais qualifier de divers, l’auteur rend un hommage personnel à chacune de ces victimes des griffes de passeurs mafieux, proxénètes, et violeurs.

Je ne suis pas membre de l’Académie Goncourt mais… je verrais bien « Mur Méditerranée » récompensé par ce prestigieux prix littéraire.

Editeur : Sabine Wespieser
Date de Parution : 29 Août 2019
Nombre de pages : 336

Ce livre a été lu en avant-première grâce au magazine « Page des libraires » et aux Editions Sabine Wespieser que je remercie chaleureusement. 

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