Le Marzili : piscine fluviale.

Tout commence au « Marzili, « une des plus belles piscines fluviales de la ville…lieu de vie et de rencontres pour les Bernois…[et] la baignade dans l’Aar. » C’est là qu’Alex, photographe, repère Cécile. Elle, elle dessine… des hommes nus, mais ne les montre pas. « Marzili » est ainsi l’histoire d’une rencontre, banale, on pourrait dire, du type de ces rencontres d’un soir, un verre à la main. Car, y-a-t-il vraiment un point commun entre cette trentenaire et ce quinqua, tous les deux artistes ? Apparemment pas et pourtant… « La vie parfois se décide sur un rire, une balade en forêt, un chien qui se roule dans la boue et le rire affreusement niais de son maître qui l’invite chez lui le samedi suivant. »

Une relation chaotique.

Aussi beau et épuré que la couverture, le récit nous dresse l’histoire de ces deux personnages à un moment où la technologie, l’intelligence artificielle, vont prendre le pas sur l’humain. Car Alex est appelé – et il accepte car il faut bien vivre – à mettre ses compétences au service d’une start-up dont le projet est « un protocole de robot humanoïde jumelé à l’implant d’une puce cérébrale, destiné à accompagner les personnes âgées en home médicalisé et à révolutionner les soins. » Les chapitres sont très courts ou plus longs, saute de l’un à l’autre des héros, des situations et des lieux. La précarité, des valeurs bafouées, une amitié naissante détruite, tout est dit à l’aide de mots feutrés, tendres, mesurés. Comme dans chacun des romans de l’auteure, pudeur et bienveillance sont au rendez-vous et l’écriture, toujours parfaite dans sa simplicité, s’efface derrière la profondeur des sentiments et des idées.

Un nouvel ouvrage d’une grande clairvoyance qui nous dit haut et fort combien regarder l’autre, c’est être soi-même.