La littérature comme un électrochoc.

Il y a longtemps que je n’ai pas lu un roman avec autant d’avidité et en si peu de temps. Dire qu’il est addictif serait le réduire à peu de choses. Il est beaucoup plus que cela et représente, de la meilleure des manières, le souhait de cette maison de défendre « La littérature…comme un électrochoc…L’émotion du premier battement de cœur. » Oui, ce roman fait battre le cœur. Et les mots de l’auteure, l’écriture déliée, simple et limpide, le rythme insufflé par les courts, très courts chapitres, la construction tourbillonnante en font un ouvrage singulier.

La haute-Île.

Nous sommes à la Haute-Île, établissement psychiatrique de Seine-Saint-Denis. Et, d’emblée, nous entrons dans le vif du sujet : plusieurs enfants de la crèche attenante s’effondrent après le goûter. Et l’inquiétude, aussitôt, s’infiltre. C’est Elsa, jeune policière qui est chargée de l’enquête. Nous allons aussi rencontrer Olga, traductrice, enceinte, installée dans une maison sise dans le parc de l’établissement avec Abel, son mari psychiatre, et Bérénice sa petite fille. Et nous faisons la connaissance de Josépha, femme isolée, vulnérable, auxiliaire à la crèche, qui fait danser les enfants. Ces trois femmes ordonnent un ballet entre présent et passé. C’est le passé des « agitées » avec Camille Claudel en figure de proue et Marie Maillet-Vitiello, figure de l’art brut. Marie Maillet-Vitiello qui a réalisé et porté la célèbre « Robe de la reine » pendant son séjour à l’hôpital psychiatrique de Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne.

Les arbres, les jardins, véritables personnages du récit.

Les arbres, les jardins prennent une dimension importante dans ce récit qui voit défiler les sensations les plus diverses. Olga se plonge avec avidité dans les archives de ce lieu. Il a vu passer tant de femmes placées là souvent à la demande de leurs maris. Quant à la visite du musée de la psychiatrie à laquelle l’auteure nous convie, il représente un temps fort de l’ouvrage. .

Ce roman est remarquable, émouvant et troublant. Et n’oublions surtout pas que « Ces femmes étaient des reines. Elles n’étaient ni folles, ni maléfiques. »