Un bel enfant devenu monstre.

Un bel enfant, atteint d’une fièvre mortelle est finalement guéri par un homme, rappelez-vous. Il ne mourra pas, certes, mais devra vivre avec le visage d’un monstre. Son père devient fou, disparaît, et lui est recueilli par un prêtre qui l’emmène et le cache dans son presbytère. Il va alors grandir en toute sécurité auprès de cet homme de Dieu et de « Madame », une ancienne institutrice aveugle à la suite d’un incendie. En grandissant, il prend l’habitude de sortir la nuit dans la forêt et rencontre une jeune fille qui, elle aussi cache un lourd secret.

Rebondissements chimériques et poésie.

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas parvenue à « entrer » d’emblée dans le récit. Si l’écriture est toujours aussi magnifique, même si de plus en plus noire, le rythme m’a paru d’une grande lenteur propice à l’ennui. Et puis, petit à petit l’intérêt a grandi, sans doute boosté par des rebondissements chimériques et toujours par la poésie, les descriptions au cordeau des gens et des choses. Cécile Coulon nous parle de monstre, mais le monstre n’est pas seulement dans le visage détérioré de l’enfant qui a survécu. Il est aussi dans la méchanceté des garçons du village, et même dans la beauté extrême.

Passer de l’ombre à la lumière.

Lire ce roman c’est accepter de passer de l’ombre à la lumière, de dépasser la beauté, de supporter la laideur des âmes et des chairs « Il avait sept ans et son visage était pourri. A la place du nez, autrefois aussi joli que celui d’une fillette, deux trous sanguinolents… »  . Le lire c’est se dire que la laideur peut engendrer de la douceur, que la beauté peut être synonyme d’horreur, et que la norme est, sans doute, seule source de salut. Les personnages attachants, tous particuliers, ont fini par m’enchaîner au récit.

Entre grâce et disgrâce, « Le visage de la nuit » est un ouvrage véritablement singulier.