Espantée, c’est le terme…

Espantée, c’est le terme – utilisé dans le sud pour dire ébahie, épatée –  qui me correspond à l’issue de cette découverte, découverte du roman, naturellement, mais aussi – et c’est plus inavouable – du poète dont il est question et que je ne connaissais pas. Il s’agit pourtant d’un personnage fascinant, par sa beauté d’abord qui lui valut de nombreux succès amoureux, par son esprit, son élégance, sa finesse, sa culture. C’est pourtant un être blessé

« Son père pendu, la détestation de sa mère, ses difficultés à assumer son homosexualité, l’étonnement qu’il avait éprouvé en découvrant sa bisexualité, les morsures de son incessante tourmente… »,

c’est ainsi que « Il s’ouvrait, se racontait, se libérait. » auprès de Mopsa Sterheim, son grand amour rencontrée à Berlin. Surréaliste, Dadaïste, communiste, il vit entre exaltation et tristesse. Amateur de cocaïne, il hante les lieux « de perdition » et connaît toute forme de sexualité débridée. Bref ! un homme véritablement hors du commun.

Gide, Eluard, Aragon, Cocteau et… les autres…

Mais, outre le portrait de René Crevel, c’est tout est un pan de l’histoire de l’entre-deux-guerres que nous dépeint l’auteur et Dieu sait si les personnages sont des plus intéressants. Quel plaisir, quel enthousiasme de retrouver sous la plume fringante, racée, habilement travaillée de Patrice Trigano, les noms qui m’enchantent depuis mon adolescence : André Gide, Paul Eluard, Aragon, Cocteau, Stephan Zweig… sans oublier Giacometti et son œuvre « La femme égorgée » dont Crevel disait

« Ta sculpture livre ta vision de l’amour, un amour qui fait mal… » au même titre que celui de sa mère qui … »[m]’affirmait n’aimer que [moi], dont elle a fait…son amour égorgé »,

et devenu le titre du livre.

Car ce récit ne se limite pas à la biographie du poète parti trop tôt, suicidé au gaz à l’âge de trente-cinq ans. C’est aussi une fresque des courants artistiques nés après la première guerre mondiale, une passionnante revue de la politique de l’époque avec notamment la montée du fascisme, et, quelque part, un magazine « people » relatant, à travers anecdotes savoureuses et dialogues enlevés, la vie déchaînée que menaient tous ces artistes, leurs soirées rocambolesques et leurs vies souvent dissolues.

BRILLANTISSIME !

Editeur : Maurice Nadeau
Date de Parution : 10 Septembre 2020
Nombre de pages : 200

Ce roman a été lu dans le cadre des « Explorateurs de la rentrée 2020 ». A cet effet, je remercie chaleureusement le site Lecteurs.com à l’origine de cette manifestation littéraire ainsi que les Editions Maurice Nadeau et François Constant, co-Explo 2020, pour le prêt.