Chroniques Littéraires

La chaise numéro 14 – Fabienne JUHEL

La chaise numéro 14 – Fabienne JUHEL

Avis : ★★★★★

C’est à travers “La femme murée”, je vous l’ai déjà dit, que j’ai rencontré Fabienne Juhel. Son écriture, véritable bijou taille diamant m’avait emportée. Je viens de refermer “La chaise numéro 14” et même si, cette fois, ce ne fut pas tout à fait un coup de foudre, le charme a de nouveau opéré.

Ne comptez pas sur moi pour établir quelconques comparaisons.

Je considère chaque auteur – et a fortiori chaque ouvrage – comme unique. Au mieux accepterais-je de leur reconnaître un point commun : le personnage principal : une femme… encore que… “La chaise numéro 14”, vous apprendrez pourquoi ce titre en lisant le roman, raconte l’histoire de Maria, fille unique de Victor Salaün, aubergiste à Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor. A la fin de la seconde guerre mondiale, elle est tondue pour avoir aimé un soldat allemand. Ce jour-là, en place publique et sous les huées, un coiffeur commis d’office par Antoine, l’ami et amoureux éconduit de la jeune fille, transforme sa somptueuse chevelure couleur de feu en un tas de flammes folles.

Fabienne Juhel nous dresse ici le portrait d’une femme hors du commun. Victime de la bêtise des hommes, elle va s’employer à obtenir leur pardon. Evanescente dans la robe blanche de fiançailles de sa maman qui accroche si bien la lumière du soleil, accompagnée de sa chaise numéro 14, elle parcourt la campagne à la recherche de six témoins de l’ignominie.

La langue de l’auteur se fait changeante au cours de la quête.

Tantôt sèche et coupante comme les lames des ciseaux, elle dépeint l’horreur, l’injustice, l’opprobre :

“La foule toujours plus nombreuse, donnait des signes d’impatience. Le silence qu’elle s’était imposé amplifiait le moindre bruit, bruits imperceptibles dans le fracas de la vie ordinaire, tels le frottement des étoffes, les articulations qui craquaient comme des brisures de gâteaux secs…”.

Tantôt câline, tendre et douce elle révèle l’héroïne privée de mère :

“Papa Victor avait toujours été là pour sa fille. Il était comme une divinité des temps anciens, mâle et femelle à la fois, père et mère pareillement. Père protecteur, nourricier et aimant. Pour fortifier l’enfant… il la nourrissait… Il soignait ses petits bobos…”

Dire que j’ai beaucoup aimé ce roman est un euphémisme. Comme je l’ai souligné précédemment, j’ai aimé l’écriture travaillée, choisie à la virgule près, j’ai aimé la manière dont la romancière traite chacun de ses personnages, mais aussi la réflexion profonde qu’elle mène quant aux horreurs de cette guerre. Elle interroge les raisons que peut avoir un homme pour juger l’amour d’une femme. Elle se demande – nous demande – en quoi il est répréhensible d’aimer un homme, fût-il un ennemi juste pour être né de l’autre côté d’une frontière.

Une jeune femme, une chaise, celle de la honte, du déshonneur, beaucoup de chagrin, beaucoup d’amour, une chevelure partie en lambeaux et une grande dignité. Tels sont au final les personnages principaux de ce récit plein de grâce et de tolérance.

Un roman lumineux pour une tranche sordide de notre histoire ou la guerre vue à travers le prisme de l’amour d’une femme.

Editeur : Actes Sud (collection poche Babel)
Date de Parution : 3 Mai 2017
Nombre de pages : 304

 

 

Précédemment paru, le 4 Mars 2015 aux Editions du Rouergue (Collection La Brune/272 pages)

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