Au pays de l’Estuaire

Est-ce parce que le poète, comme moi, vécut au pays de l’estuaire de cette Loire, Inférieure à l’époque, et qui devint Atlantique ? Est-ce parce que, comme moi il fut instituteur ? Est-ce parce qu’un professeur de français plus amoureux de poésie que d’orthographe ou de grammaire me l’a fait découvrir lorsque j’étais en 5ème ? Ou parce qu’il fit partie de l’Ecole de Rochefort, encore la Loire ? Mais René Guy Cadou est un de mes poètes référence depuis que j’ai douze ans.

Alors forcément, lorsque j’ai découvert ce petit fascicule écrit par le Prix Goncourt 1990, je ne pouvais passer à côté. Il est devenu mon livre de chevet. Jean Rouaud connaît si bien le poète qu’il est capable de marcher dans ses pas. On dirait une seule voix, les vers s’imbriquent parfaitement dans le texte et inversement.

« Je n’irai pas tellement plus loin que la barrière de l’octroi

Que le petit bistrot tout plein d’une clientèle maraîchère

Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre

Et dans cette grande journée

Je ne passerai pas pour un vieil abonné »

L’instituteur de Louisfert, Loire-Inférieure voyait juste. Son abonnement terrestre prit fin au printemps 1951, quelques jours après qu’il eût fêté ses trente et un ans, dont quinze reclus en poésie.

C’est ainsi, tout au long du récit que se mélangent les vers du poète et la prose du narrateur. Belle manière de découvrir ainsi l’histoire de cet homme, René Guy Cadou, à travers les yeux et l’admiration de celui qui en parle si bien.

L’écriture est belle, et les propos toujours tendres réussissent à donner envie de lire ou relire l’oeuvre de ce poète trop tôt parti et peut-être trop oublié.