Chroniques Littéraires

La nuit tombée – Antoine CHOPLIN

La nuit tombée – Antoine CHOPLIN

Avis : ★★★★★

Jusqu’à présent, je ne connaissais aucun roman d’Antoine Choplin.

Cette erreur est heureusement réparée.

J’ai découvert « La nuit tombée » dans le cadre de ma formation de bibliothécaire bénévole, en préparant une fiche d’analyse comparative roman court/nouvelle.

« La nuit tombée » donc ! Gouri, le personnage principal, traverse de nuit la campagne ukrainienne sur sa moto. A celle-ci est accrochée une remorque… car il revient, il revient sur une vie ancienne, dans des lieux désertés, une zone sinistrée après le 26 avril 1986, il revient pour accomplir une mission… surtout ne pas aller plus loin pour dire, dire le choc d’une telle lecture, dire l’admiration d’une telle écriture.

L’auteur a l’art de raconter, de transmettre en peu de mots. Les phrases sont courtes, simples, elles percutent. Aucune ostentation pour dire les sentiments, les anciens amis restés sur place, la maladie latente ou profondément installée, tout ce qui suinte de la catastrophe. Pas de plaintes, pas de larmes, pas de cris. Tout est narré avec économie et pudeur : les lieux, les sentiments, les amis. Tout est narré à coups de vodka comme s’ils buvaient pour « faire passer », faire passer la douleur, faire passer les souvenirs, faire passer l’horreur, tout oublier.

J’ai pourtant envie de dire qu’Antoine Choplin fait de cette horreur un roman lumineux, empreint d’humanité, de tendresse, de solidarité. Il parle d’elle, de cette horreur, par suggestion : « Mais, tu vois, ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est ça. Du menton, il désigne son bras couvert de pansements. Cette peau qui part en lambeaux…. Et les médecins, qu’est-ce qu’ils en disent ? demande Gouri. La main de Iakov se soulève de quelques centimètres et retombe sur le drap. »

Le silence plutôt que les pleurs.

La narration est linéaire même si les souvenirs se mêlent au présent. Les silences succèdent aux dialogues comme pour donner au lecteur le temps de s’imprégner, de comprendre, de partager. Et à la fin « Gouri retrouve sa moto… Il met le moteur en marche »

Tout en retenue, ce roman est un véritable bijou de dignité.

Editeur : La fosse aux ours
Date de prution : 17 Août 2012 (et le 16 Janvier 2014 chez Points)
Nombre de pages : 128 

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2 thoughts on “La nuit tombée – Antoine CHOPLIN”

    • C’est le premier roman que je lis de cet auteur. J’ai été subjuguée par la qualité de l’écriture, sa concision et la finesse de ses propos. Tout est dit, ou plutôt suggéré en peu de mots.C’est très fort.

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