Chroniques Littéraires

Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel VENET

Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel VENET

Avis : ★★★★

Il aura fallu que « Marcher droit, tourner en rond » d’Emmanuel Venet soit parmi les finalistes du Prix des bibliothécaires CBPT (Culture et Bibliothèque Pour Tous), dont je fais partie, pour qu’enfin je le lise.

Un homme, la quarantaine, assiste aux obsèques de sa grand-mère et s’emporte intérieurement, ressasse, contre l’oraison funèbre exprimée par l’officiante, Dame Vauquelin, loin, très loin de la réalité… nous assistons alors à un long monologue grâce auquel, nous apprenons qu’il souffre du syndrome d’Asperger, forme d’autisme, ce qui lui ôte toute possibilité d’accepter les arrangements avec la vérité. Lui, est un cœur pur et d’une franchise absolue. Cela lui vaut un déficit relationnel et une grande solitude.

Tout au long de ce récit, débité d’une seule traite, alternant présent et passé, sautant régulièrement du coq à l’âne, il passe en revue notre monde fait de mensonges et de faux semblants. Nous apprenons que le narrateur est doté d’un QI de 150, se passionne pour le scrabble « parce qu’il ravale à l’arrière-plan la question du sens des mots et permet de faire autant de points avec « asphyxie » qu’avec « oxygène », ou pour les catastrophes aériennes et aime – platoniquement – depuis sa jeunesse, Sophie Sylvestre.

L’écriture n’est pas ampoulée et cadre totalement avec les propos tenus.

C’est à la fois caustique, drôle et tendre. L’auteur rend parfaitement le décalage entre son narrateur et les autres, son incapacité à « [me] plier à l’arbitraire des conventions sociales et d’admettre le caractère foncièrement relatif de l’honnêteté », son côté à la fois réfléchi et fantasque. C’est une belle manière d’aborder cette forme de handicap à l’aune d’un événement de la vie quotidienne. D’un sujet qui aurait pu être pesant, douloureux, accablant, Emmanuel Venet réalise une histoire presque légère où l’autodérision prend tout son sens, où l’humour s’invite au détour de chaque page. Les différents personnages sont décrits de manière à la fois minutieuse et cocasse et notamment le narrateur qui à force de vouloir « marcher droit », il ne lésine pas avec l’honnêteté, la franchise, la rectitude, finit par « tourner en rond », nous assénant ses vérités à lui, répétant à l’envi son admiration pour Roger Walkowiak, célèbre champion de Scrabble, ses listes pour le « petit bac », et ses études de crashs aériens.

Un bel appel à la tolérance.

Editeur : Verdier
Date de parution : 18 août 2016
Nombre de pages : 128

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