Chroniques Littéraires

La Daronne – Hannelore CAYRE

La Daronne – Hannelore CAYRE

Avis : ★★★★

Voilà bien longtemps que “La Daronne” d’Hannelore Cayre me faisait de l’œil.

Lecteurs.com m’a apporté ce roman sur un plateau, ou plutôt me l’a adressé dans une enveloppe, dans le cadre des explorateurs du Polar. Je remercie vivement le site ainsi que la maison d’édition Points pour cette lecture que je qualifierais de jubilatoire.

Il s’agit là d’un roman policier sans violence. Il raconte l’histoire d’une femme qui, subrepticement, tranquillement et sans état d’âme passe de l’autre côté de la barrière. Je ne voudrais pas vous priver du plaisir de la découverte, mais ce n’est pas raconter grand-chose, et d’ailleurs ils figurent sur la quatrième de couverture, que de préciser quelques détails. Patience Portefeux – déjà le nom de l’héroïne est improbable – a la cinquantaine, deux filles, un mari mort d’une rupture d’anévrisme et une mère hospitalisée dans un EHPAD. Ses parents, son père surtout, sous le couvert d’une entreprise de transports, donnaient quelque peu dans l’escroquerie. Mais Patience, elle, est traductrice judiciaire en langue arabe… jusqu’au jour où…

J’ai beaucoup aimé ce roman, policier certes, mais plus que ça.

J’ai aimé l’écriture d’Hannelore Cayre, aux multiples facettes, riche de subtilités variées. Elle est à la fois imagée, crue, tendre lorsqu’elle parle de la mère. Elle réussit à être drôle dans les passages les plus tristes “J’étais devenue une nouvelle femme, mûre, triste et combative. Un être impair, une chaussette dépareillée : la veuve Portefeux.” Elle passe allègrement de l’humour à l’insolence. Rien dans ce livre n’est politiquement correct et pourtant, bizarrement, ça ne choque pas. De même que ne choque pas le vocabulaire utilisé, notamment par les dealers, mais aussi par le « fiancée » de Patience, un policier des stups “Y a un truc vachement paradoxal chez toi, tu baisses systématiquement les yeux quand on te parle, comme si tu étais timide, pourtant tu dégages une confiance à fracasser les murs… comme de la très, très grosse racaille en fait.”

J’ai également beaucoup apprécié l’arrière-plan, le regard porté par l’héroïne sur les établissements spécialisés pour personnes âgées dépendantes, ses réflexions à l’emporte-pièce. Comme quoi, même ceux qui basculent dans le trafic peuvent avoir un cœur. Les critiques délicatement formulées s’agissant des aberrations de la justice qui emploie “au noir” ceux qui lui servent de traducteurs sont également réjouissantes. Tous ces éléments entremêlés, l’humour et le sérieux de certaines situations, font de ce roman un ouvrage dans lequel on plonge sans réfléchir et d’où l’on ressort, la dernière page lue, sans avoir pris le temps de respirer.

Un roman noir et cocasse à la fois.

Editeur : Points
Date de Parution : 8 Mars 2018
Nombre de pages : 192

Paru initialement aux Editions Métailié le 9 Mars 2017

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